"Je crois, d'honneur, que bientôt le rôle qui siéra le mieux à l'esprit sera le silence, et que la parole ne sera plus qu'aux perroquets." Le Marchand de Venise - Shakespeare

Publié dans : Romans XXI°

le 25/11/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/empiredesanges.jpgL'Empire des anges
Bernard Werber
2000

Challenge Livraddict 2010 : 7/7

Quatrième de couverture
Que pensent les anges de nous ? Que peuvent-ils faire pour nous aider ? Lorsque Michael Pinson (stupidement tué dans un accident d'avion) a passé avec succès l'épreuve de la "pesée des âmes", il a accédé au royaume des anges. Le voilà chargé de trois mortels, qu'il devrait désormais guider et aider tout au long de leur vie. Ses moyens d'action : les rêves, les signes, les médiums, les intuitions, les chats. Que faire pour leur montrer la voie du bonheur ? Et puis comment s'occuper intelligemment au Paradis, un endroit bien sympathique mais sans cinéma, sans musique, sans restaurant ?
Après Les Thanatonautes, Bernard Werber nous donne une fois de plus à réfléchir sur notre statut d'être humain, en mélangeant sagesse ancienne, philosophie moderne et humour.

Avis

Comment ai-je fait pour passer à côté du génie de Bernard Werber pendant mon enfance ? Ses livres sont simplement incroyables, j'en ressors encore une fois épatée.

Souvenez vous, dans Les Thanatonautes, le héros Michael Pinson tentait de découvrir ce qu'il y avait après la mort. Dans ce deuxième volume du Cycle des Anges, il est devenu un 6 : c'est à dire un ange, et cherche ce qu'il y a encore après. 1 correspond au minéral, 2 au végétal, 3 à l'animal, 4 à l'homme, 5 au sage, et 6 à l'ange... et 7 ? Michael, toujours accompagné de Raoul, est persuadé qu'au dessus des anges existent des êtres encore supérieurs, des dieux... Des marionnettistes de marionnettistes.

Dans cette histoire, Werber mêle à la narration des extraits de l'Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, que le personnage Edmond Wells rédige. Ce livre est une petite mine d'or, ou fourre-tout du savoir, avec des réflexions souvent très intéressantes. Il faudrait que je lise le livre entier, il faudrait d'ailleurs que je continue sur ma lancée des oeuvres de Werber ! Prochaine étape, le Cycle des Dieux naturellement.

En parallèle du boulot d'ange de Michael, on suit les vies de ses trois "clients" (les personnes dont il est l'ange gardien). Moyennement captivée par ces petites histoires, ce qui est intéressant, c'est surtout de voir comment au final toutes ces "âmes" sont reliées entre elles. Chez le personnage de Jacques, peut-être un soupçon d'autobiographie aussi non ?

En tout cas, j'aime l'univers inventé par Bernard Werber et qu'il alimente de faits réels (par exemple la symbolique des chiffres, la possibilité de plusieurs univers, de plusieurs couches temporelles, de vie ailleurs, le chat de Schrödinger, etc,). Ce livre soulève une quantité de questions, sur la relativité, sur l'existence de l'homme, sa place dans le monde.

En résumé : Epatant. Hâte hâte de lire la suite. Qui, après avoir lu ce livre, n'a pas eu la conviction qu'un ange gardien veillait sur lui ?


Point Challenge
Ainsi s'achève mon challenge Livraddict 2010. Globalement, ça n'a été que de bonnes découvertes, avec un penchant pour les deux Bernard Werber, vous l'aurez compris.

Extraits
* "Allons jusqu'au bout de nos erreurs sinon nous ne saurons jamais pourquoi il ne fallait pas les commettre."

* "Dans la vie, il y a trois facteurs, le talent, la chance, le travail."

* "De nos jours, ce qui importe n'est pas d'avoir raison mais d'avoir un bon avocat."

* "Et quand on les extirpe au forceps, c'est pire, ils ressemblent à des gaufres."

* "Pour comprendre un système, il faut s'en extraire."

* "Au Moyen-Âge, les moines copistes étaient payés au nombre de caractères par manuscrits retranscrits. Ils se sont donc entendus entre eux pour doubler les consonnes. C'est la raison pour laquelle "difficile" prend deux "f" et "développer" deux "p"."

* "Les récentes découvertes en astronomie montrent que notre univers issu du big-bang et qu'on a toujours perçu comme un univers en expansion permanente pourrait lui aussi se concentrer jusqu'à un big-crunch, sorte de concentration maximale de la matière, débouchant peut-être à  nouveau sur... un deuxième big-bang. Même l'univers dans ce cas "respirerait"."

* "Quand un génie véritable apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui". Jonathan Swift

* "La réalité, c'est ce qui continue d'exister lorsqu'on cesse d'y croire". Philip K. Dick

Publié dans : Romans XX°

le 13/11/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/thanatonautes-copie-1.jpgLes Thanatonautes
Bernard Werber
1994

Challenge Livraddict 2010 : 6/7

Quatrième de couverture
L'homme a tout exploré : le monde de l'espace, le monde sous-marin, le monde souterrain ; seul le continent des morts lui est inconnu. Voilà la prochaine frontière. Michael Pinson et son ami Raoul Razorbak, deux jeunes chercheurs sans complexes, veulent relever ce défi et, utilisant les techniques de la médecine comme celles de l'astronautique, ils partent à la découverte du paradis. Leur dénomination ? Les thanatonautes. Du grec Thanatos (divinité de la mort) et nautès (navigateur). Leurs guides ? Le livre des morts tibétain, le livre des morts égyptien mais aussi les grandes mythologies et les textes sacrés de pratiquement toutes les religions. Peu à peu les thanatonautes dressent la carte géographique de ce monde inconnu.
En Dante moderne, Bernard Werber nous emmène dans un voyage époustouflant.

Avis
Première fois que je lis un livre de l'ami Bernard Werber. Je m'étais préparée à quelque chose pour "grand public", vu l'engouement qu'il suscite chez les jeunes. Et pour cette raison je suis toujours plus méfiante que d'habitude, de peur que moi, ça ne me plaise pas. Et bien pas du tout ! Ce livre m'a énormément plu, dès le début j'étais dedans et suivais avec intérêt la découverte de ce "continent ultime".

Le livre tente de répondre à la question "Qu'est ce que la mort ?". Pour cela, Werber s'appuie sur les textes sacrés de presque toutes les religions, ce qui donne de la crédibilité au récit. On a sans cesse un aller-retour entre le récit et ces extraits de textes religieux, qui sont dans l'histoire regroupés dans la thèse de Francis Razorbak (le père de Raoul) "La mort cette inconnue" . Werber tente d'interpréter les métaphores employées, de rejoindre les bouts de chaque religion, et au final ça donne un truc assez crédible. C'est comme un gros melting-pot des religions. On a donc une approche "mystique" de la mort. En parallèle, dans le récit même, on en a une approche beaucoup plus scientifique grâce à Michael Pinson, Raoul Razorbak et toute leur équipe. Je serais bien tentée de vous faire un petit dessin du contient des morts tiens, m'enfin ça vous gâcherait tout le plaisir de la découverte.

C'est un livre qui parle de la mort, et pour cela qui s'appuie sur la religion, la science, la fiction, l'Histoire, la vie, la société. Bernard Werber est un touche-à-tout et on sent qu'il s'amuse avec. Bon certes, à des moments c'est très manichéen, très simpliste, le ton est bon-enfant, mais le but du bouquin n'est pas de présenter une thèse sérieuse à lire au premier degré. Cette histoire m'a rappelée La grammaire est une chanson douce, d'Erik Orsenna, où là aussi c'est la découverte d'un nouveau continent.

Ce livre est le premier volume du Cycle des anges. J'ai tout simplement hâte de me plonger dans le second volume, L'Empire des anges, vu sur quelle fin on nous laisse... !

En résumé : J'ai aimé ce livre, si riche, qui joint religion, mythologie, science et fiction, et nous fait découvrir un continent des morts bien étonnant...


Extraits

* "Face à des hommes des cavernes, je suis impuissant."

* "Si quelqu'un t'a offensé, ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et tu verras passer son cadavre." Lao-tseu

* "J'ai même pensé : je suis dans un trou du cul translucide."

* "Celui qui sait ne parle pas. Celui qui parle ne sait pas." Lao-tseu

* "La gentillesse est juste un confort pour être tranquille."

* "Le plus subtil châtiment pour un abominable criminel de guerre, c'est bien de le réincarner en bonzaï japonais."

* "Le sage cherche la vérité. L'imbécile l'a déjà trouvée."

* "La bonté imposée, c'est aussi écoeurant que la soupe de mash-mellows au miel et au sirop de grenadine."

* "On se blase de tout."

Publié dans : Romans XX°

le 1/9/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/netirezpassurloiseaumoqueur2.jpgNe tirez pas sur l'oiseau moqueur
(To kill a mockingbird)
Harper Lee
1960

Challenge Livraddict 2010 : 5/7

Quatrième de couverture
Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche.

Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 - au coeur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis -, connut un tel succès. Mais comment ce roman est-il devenu un livre culte dans le monde entier ? C'est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l'enfance. Raconté par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique.

Avis
J'ai beaucoup aimé ce livre dès le début ; j'ai immédiatement été entrainée par l'histoire. On a le plaisir de replonger en enfance, aux côtés de Scout (c'est une fille je précise, parce qu'au début c'était pas clair pour moi x) ), Jem et Dill, qui cherchent à tout prix à faire sortir Boo Radley de chez lui. Atticus, le père de Jem et Scout, s'efforce de leur donner la meilleure éducation possible. En plus d'être un père remarquable, c'est une figure respectueuse, sage et avisée, comme un point de repère parmi tous les habitants de Maycomb. C'est le personnage qui m'a semblé le plus "proche" de notre époque, car ouvert d'esprit et qui pense -entre autre- que la ségrégation raciale n'a pas lieu d'être.
 
♠ Le procès
A cette époque en Alabama, être un Blanc et défendre un Noir est extrêmement mal vu. Pourtant Atticus (avocat de profession) devra s'y coller, et ce plus par morale que par devoir : "Comment pourrai-je regarder mes enfants en face si je n'essaye pas ?". Le procès durera une bonne partie du livre, et malheureusement comme Atticus le dit : "Dans nos tribunaux, quand c'est la parole d'un homme blanc contre celle d'un Noir, c'est toujours le Blanc qui gagne. C'est affreux à dire mais c'est comme ça". Même si le dénouement semble prévisible, certains ont la conviction que ce procès a contribué à faire avancer le combat pour l'égalité entre Noirs et Blancs.
 
♠ La fin
Dans ce livre, Scout apprend que les gens ne sont pas ce qu'ils semblent être : leurs voisines Miss Maudie, Mrs Dubose, Mr Raymond..., et surtout Boo Radley. "Atticus avait raison. Il avait dit un jour qu'on ne connaissait vraiment un homme que lorsqu'on se mettait dans sa peau. Il m'avait suffi de me tenir sur la véranda des Radley." Elle apprend à tourner le dos à certains préjugés, à des comportements à adopter en fonction de telle ou telle personne (Blanc vis à vis de Noir par exemple), pour se faire elle même sa propre opinion des choses et des gens. J'ai adoré la fin, avec un portrait beau et frappant (je ne vous dirai pas de qui), qui a été renforcer toute l'opinion que je me faisais du livre pendant ma lecture. Enfin, à la fin, on comprend de quoi Scout parlait à la toute première page.

♠ Où il est question d'oiseau moqueur
Qui est-ce ? Trois fois j'ai cru comprendre le titre. Trois fois ce sont des sens différents qui sont apparus. La première fois où il est fait référence à un oiseau moqueur, c'est un ordre d'Atticus à Scout qui lui demande de ne pas tirer dessus avec sa carabine. Mais la deuxième et la troisième fois, il s'agit de deux autres personnes (je ne vous dis pas qui non plus, sinon aucune surprise!), et il faut alors voir ce titre comme une métaphore. Et quand on comprend de qui il s'agit, cela donne tout son sens au livre. Le titre résume alors à lui seul le côté lutte pour les droits civiques des Noirs et le côté "roman universel sur l'enfance".

En résumé : Un très beau roman sur l'enfance, mais qui soulève aussi la question de la ségrégation raciale. Beaucoup aimé !


Extraits
* "On va faire un bébé de neige ?"

* "Un coeur joyeux rend le visage serein."

* "Par ici, quand tu as une seule goutte de sang noir, tu deviens tout noir."

* "jouait de sa voix comme d'un orgue"

Publié dans : Policier

le 3/8/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/millenium2.jpgMillénium 2 : La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette
(Flickan som lekte med elden)
Stieg Larsson
2005

Challenge Livraddict 2010 : 4/7

Quatrième de couverture
Tandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millénium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre histoire de prostituées exportées des pays de l'Est. Mikael aimerait surtout revoir Lisbeth. Il la retrouve sur son chemin, mais pas vraiment comme prévu : un soir, dans une rue de Stockholm, il la voit échapper de peu à une agression manifestement très planifiée.
Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n'est pas ce qu'on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie. Deux meurtres se succèdent, les victimes enquêtaient pour Millénium. Pire que tout, la police et les médias vont bientôt traquer Lisbeth, coupable toute désignée et qu'on a vite fait de qualifier de tueuse en série au passé psychologique lourdement chargé.
Mais qui était cette gamine attachée sur un lit, exposée aux caprices d'un maniaque et qui survivait en rêvant d'un bidon d'essence et d'une allumette ? S'agissait-il d'une des filles des pays de l'Est, y a-t-il une hypothèse plus compliquée encore ? C'est dans cet univers à cent à l'heure que nous embarque Stieg Larsson qui signe avec ce deuxième volume de la trilogie Millénium un thriller au rythme affolant.

Avis
Que c'est frustrant de refermer un livre qui ne nous révèle pas tout ce qu'on aurait voulu savoir. Larsson laisse plein de questions en suspens, il nous abandonne au coeur de l'action, et je peux vous dire que je meurs d'envie de me jeter sur le troisième volet. Pour l'instant restons concentré sur celui-ci. Eh bien je ferais exactement les mêmes remarques que pour le précédent. Un début lent et une traduction pensante. Les 200 premières pages sont quasiment inutiles, mais heureusement on accroche plus parce qu'on connaît déjà les personnages. Quant à la traduction, j'ai l'impression qu'ils ont voulu traduire la trilogie le plus rapidement possible, ce qui donne à certains moments des tournures affreuses. Je ne me prétends pas une experte en la matière, mais quand la lecture devient gênante c'est qu'il y a ptet' un problème.

A part ça, quand enfin l'action devient intéressante, c'est impossible de lâcher ce livre. J'ai adoré l'enquête, comme la dernière fois (peut-être quand même plus aimé le tome 1). Je me souviens être restée bouche bée en apprenant qui était vraiment Zala. Certains détails un peu sanguinolents quand même à la fin, et hum... je pense pas pouvoir regarder le film x).

http://milkymoon.cowblog.fr/images/LisbethSalanderinTheGirlWhoPlayedWithFirelarge12.png
Je suis tombée par hasard sur un article où on apprend que Stieg Larsson avait prévu d'autres suites à la série Millénium. Il est mort d'une crise cardiaque juste après avoir remis à son éditeur les trois premiers tomes. Apparemment il avait déjà bien entamé une quatrième suite, et envisageait une dizaine de tomes à la série. Dommage...

En résumé : Mêmes critiques que pour le premier volet à propos de la lenteur du début et de la traduction française, mais dans l'ensemble ça reste une très bonne lecture !


Extraits
* "Directement au-dessous venait le numéro de compte en banque de l'Eglise, et une exhortation à manifester son amour de Dieu."

* "Lisbeth Salander était plongée dans un livre sur un sujet aussi saugrenu que le calibrage de fréquence des radiotéléscopes en état d'apesanteur."

* "Les dossiers sont une chose. Les êtres humains une autre."

* "C'est un truc que je n'ai jamais compris. Je n'ai jamais pigé comment elle pouvait être aussi fichtrement compétente tout en étant si asociale."

* "Ca doit être sympa de l'avoir comme collègue, ce type. Si je comprends bien, il est hétéro et divorcé, et c'est lui qui fournit les blagues sur les pédés devant la machine à café."

* "Si on additionnait les affirmations dans les différents médias, la police pourchassait une lesbienne psychotique membre d'une bande de satanistes qui prônaient le sexe sadomaso et haïssait la société en général et les hommes en particulier."

* "Je sens qu'elle est tout près... attends que je branche la télépathie."

* et petit passage bonus parce que j'ai fait cette attraction dont il est question, et je sais exactement ce qu'a ressenti Lisbeth à ce moment là : "Lisbeth Salander n'avait pas ressenti cette sensation vertigineuse depuis plusieurs années, quand elle avait fait de la chute libre au parc d'attraction de Gröna Lund."

Publié dans : Théâtre

le 21/7/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/hamlet.jpgLa Tragédie d'Hamlet, Prince du Danemark
William Shakespeare
entre 1599 et 1601

Challenge Livraddict 2010 : 3/7

Quatrième de couverture
"II y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark !" Le soir venu, le spectre du roi défunt hante les brumes du château d'Elseneur.
II crie vengeance. Honte à son frère Claudius, le lâche assassin ! Hamlet, son fils, a promis... Ce crime ne restera pas impuni. Mais au bord du gouffre, le voilà qui vacille : "Être ou ne pas être ?" Jeu de miroirs, faux-semblants... Théâtre dans le théâtre... Folie simulée ou véritable démence ? Le meurtre est pourtant bien réel. Et la mort d'Ophélie annonce d'autres désastres. Au coeur de la tragédie jaillissent alors les voix mystérieuses du pouvoir et de la guerre, de l'amour et de la mort.
La poésie de Shakespeare fuse à chaque instant en vocalises sublimes, composant ici le mythe universel d'une humanité confrontée à ses propres démons...

Avis
Dur dur de commenter un si grand classique, mais je vais essayer de rendre au mieux mes impressions. J'étais partie au début pour lire cette pièce en anglais, pas du tout par prétention, plutôt pour juger par moi-même de l'écriture de Shakespeare. J'avais déjà lu quelques pièces de lui, mais les traductions ne peuvent pas égaler un texte en version originale, surtout quand il s'agit de théâtre. Bref, j'ai donc lu tout le premier acte en VO, et je vous dis : heureusement que j'ai relu après en français, sinon je serais passée à coté de certains détails très importants x). En plus c'est du vieil anglais, je m'y connais pas trop. Mais bon, contente d'avoir pu voir un tout petit peu à quoi ça ressemblait du "vrai" Shakespeare.

Avant que je lise cette pièce, on m'avait raconté que tous les personnages principaux mourraient, j'avais donc hâte de savoir pourquoi et comment. Au final, Hamlet n'est l'auteur "que" de deux meurtres, dont un provoqué accidentellement. Je suis peut-être grave, mais dans la dernière scène, quand ils meurent quasiment tous à la suite, ça m'a fait marrer. On trouve aussi des batailles pour conquérir des royaumes, tout le toutim habituel j'ai envie de dire. D'ailleurs une petite remarque qui n'a pas beaucoup d'importance, mais ici aussi ils se battent pour le royaume de Pologne. Je sais pas si c'est la mode ou quoi dans les pièces de théâtre puisque c'est également le cas dans La Vie est un Songe et dans Ubu Roi, et sûrement d'autres... Bref, la pièce est bel et bien une tragédie, au sens qu'on trouve habituellement dans les pièces de théâtre. Mais c'est aussi une tragédie intérieure au personnage d'Hamlet. Il connaît le doute, l'illusion, se rend compte de la vanité de l'existence, cherche à s'en libérer, c'est ce qui rend le texte si fort j'ai trouvé.

http://milkymoon.cowblog.fr/images/ophelie2.jpg
La Mort d'Ophélie, John Everett Millais

L'illusion, la vanité ; des thèmes bien propres au baroque. On retrouve également du théâtre dans le théâtre - soit une mise en abîme - lorsque des comédiens font leur apparition. Au cours de cette lecture, la pièce m'a beaucoup fait penser à La Vie est un Songe, de Calderón, parce que Hamlet ne sait plus ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, ce qui est réel et ce qui est rêve (le fameux "To be or not to be"). En même temps on comprend son doute, puisqu'il voit ressurgir le fantôme de son père défunt... J'ai donc trouvé que cette tragédie avait un côté baroque, et ça m'a beaucoup plu. La plupart des tirades d'Hamlet donnent un caractère pathétique - mais non moins superbe - aux scènes : il hésite, ne sait plus que croire, feint la folie, cherche à venger la mort de son père. Un des moments les plus forts de la pièce - et mon préféré - est lorsqu' Hamlet s'adresse à un crâne déterré dans le cimetière, se rendant compte que chaque être est quoi qu'il arrive destiné à mourir : "All that lives must die, passing through nature to eternity". C'est une pièce que j'aurais aimé étudier en cours, car je pense être passée à côté de certaines choses importantes.

En résumé : Pièce que j'ai trouvé extrêmement intéressante et que j'aimerais avoir l'occasion d'approfondir.


Extraits
* "I'll cross it, though it blast me. Stay, illusion! If thou hast any sound, or use of voice, speak to me."

* "A little more than kin, and less than kind. "

* "All that lives must die, passing through nature to eternity."

* "On a fait croire que, tandis que je dormais dans mon jardin, un serpent m'avait piqué. Ainsi, toutes les oreilles du Danemark ont été grossièrement abusées par un récit forgé de ma mort. Mais, sache-le, toi, noble jeune homme! le serpent qui a mordu ton père mortellement porte aujourd'hui sa couronne."

* "Il n’y a de bien et de mal que selon l’opinion qu’on a."

* "Ils sont le résumé, la chronique abrégée des temps." (à propos des comédiens)

* "Mettez l’action d’accord avec la parole, la parole d’accord avec l’action, en vous appliquant spécialement à ne jamais violer la nature; car toute exagération s’écarte du but du théâtre qui, dès l’origine comme aujourd’hui, a eu et a encore pour objet d’être le miroir de la nature, de montrer à la vertu ses propres traits, à l’infamie sa propre image, et au temps même sa forme et ses traits dans la personnification du passé."

* "Pardonne-moi ces paroles, ô ma vertu ! car, au milieu d’un monde devenu poussif à force d’engraisser, il faut que la vertu même demande pardon au vice, il faut qu’elle implore à genoux la grâce de lui faire du bien."

* "I must be cruel, only to be kind" : "Il faut que je sois cruel, rien que pour être humain".

* "Me prenez-vous pour une éponge, monseigneur ?"

<< Post | 1 | 2 | Ante >>

Créer un podcast