"Mais je n'en veux pas, du confort. Je veux Dieu, je veux de la poésie, je veux du danger véritable, je veux de la liberté, je veux de la bonté. Je veux du péché." Le meilleur des mondes - Huxley

Publié dans : Romans XXI°

le 31/8/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/herisson.gifL'élégance du hérisson
Muriel Barbery
2006

Quatrième de couverture
Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.

Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai.


Avis
Au début ce livre m'agaçait. Je trouvais que Renée, la concierge, n'avait rien de l'élégance du hérisson, à critiquer nuit et jour les riches. Comme si elle trouvait ça jouissif d'être pauvre pour pouvoir critiquer les riches à loisir. Alors après, se prétendre plus lettrée qu'eux, je veux bien, mais ça aurait au moins pu lui ouvrir les yeux sur le fait que tous les "riches" ne sont pas à mettre dans le même sac.

Et heureusement, elle va s'en rendre compte, grâce à l'arrivée de M.Ozu qui va la faire sortir de sa petite loge de concierge. M.Ozu, l'homme que tout le monde rêverait de rencontrer, est un charmant japonais retraité qui vient d'emménager dans l'immeuble. Avec Paloma, ils vont se rendre compte que la concierge n'est pas se qu'elle semble être, d'où "l'élégance du hérisson". Au fur et à mesures de leurs conversations, Renée abandonne un peu ses préjugés contre les riches, et je le répète, c'est ce qui m'avait agacée au début.

En revanche j'ai nettement plus aimé les passages de Paloma. L'enjeu avec elle, c'est de savoir si elle va faire ce qu'elle prévoit de faire le jour de ses treize ans (cf. résumé). Elle est persuadée que l'existence est absurde, et on peut la comprendre vu sa famille. Tout au long du livre, ce sera une recherche de réponses, une remise en question. Et sa vision des choses va aussi évoluer. J'ai aimé son intelligence, sa manière de raisonner, et sa manière d'être.

Dans ce livre il est très souvent question d'Art. Qu'est ce que ça m'a rappelé les cours de philo, un truc de dingue. Du Kant par ci, du Hussel par là ; et puis j'ai vu que Muriel Barbery avait été prof de philo, ceci expliquant cela. Il y avait de bonnes réflexions quand même, et j'avoue qu'après certains passages, je me suis demandée à quoi on servait sur Terre, c'était un peu la déprime (mais au final on en garde un souvenir très positif, si si).

Je crois que mon avis sur ce livre a complètement basculé à un passage très précis : lorsque Renée retrouve un ancien locataire de l'immeuble, et qu'il lui explique comment ses camélias lui ont sauvé la vie. Très bref, sublime passage, j'en avais les larmes aux yeux. Dans ces moments là, je me dis que la littérature n'a pas fini de me surprendre, et au final, toute la magie d'un livre réside peut être dans un minuscule passage.
 
En résumé : Livre qui m'agaçait profondément au début mais mon avis a complètement basculé, et au final, que c'est beau !


Extraits
* "Je suis un des multiples rouages qui font tourner la grande illusion universelle selon laquelle la vie a un sens qui peut être aisément déchiffré."

* "Je déteste cette fausse lucidité de la maturité."

* "Personne ne semble avoir songé au fait que si l'existence est absurde, y réussir brillamment n'a pas plus de valeur qu'y échouer. C'est seulement plus confortable. Et encore : je crois que la lucidité rend le succès amer alors que la médiocrité espère toujours quelque chose."

* "La politique, me dit-elle. Un jouet pour les petits riches qu'ils ne prêtent à personne."

* "Peut-on être aussi doué et aussi aveugle à la présence des choses ?"

* "Il n'y a pas plus midinette que le cynique."

* "J'ai endossé mon habit de concierge semi-débile."

* "en transe grammaticale"

* "Bon, allons-y pour une petite session dans le genre conversation automnale au coin du feu entre gens bien nés, une conversation raffinée, constructive, et même peut-être soyeuse."

* "Nous autres humains sommes capables de consacrer une grande énergie à la quête du rien et au brassage de pensées inutiles et absurdes."

* "Je m'étais demandée comment tant de jeunesse pouvait se ruiner au service du néant."

* "une humilité de façade qui n'est que vanité et dédain" (à propos de l'intelligence)

* "Ce qui est beau, c'est ce qu'on saisit alors que ça passe. C'est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit et même temps la beauté et la mort."

Publié dans : Théâtre

le 15/3/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/Livres/artt.jpgArt
Yasmina Reza
1994

Challenge ABC : 19/26

Résumé
Marc est invité par son ami Serge à venir voir sa nouvelle acquisition : un tableau blanc avec de fins liserés blancs transversaux. Une toile d'environ un mètre soixante sur un mètre vingt peinte en blanc que Serge vient d'acheter 200 000 francs. Atterré par cet achat, Marc s'interroge et va trouver Yvan, leur ami commun, pour lui faire part de son incompréhension à propos de ce geste. Entre les trois amis s'engage alors une discussion qui ira bien au-delà de la seule question de l'art contemporain...

Avis
Une pièce drôle, qui traite d'un sujet d'actualité. On a tous notre propre opinion sur l'art contemporain. Certains le jugent absurde, inutile, d'autres y voient le summum de l'expression artistique. Eh bien cette pièce fait le tour de la question avec les personnages de Marc, Serge et Yvan qui adoptent chacun une position différente face au "tableau blanc avec de fins liserés blancs transverseaux." Mais cette discussion les mènera bien plus loin, et analysera les fondements de leur relation. Au delà de la pièce, j'ai vraiment adoré la précision de l'écriture de Yasmina Reza.

En résumé : Une pièce "modernissime" (pour faire un clin d'oeil au texte), qui dépeint avec humour l'art contemporain.


Extraits
* "Il faut toujours surveiller ses amis, sinon ils vous échappent."

* "La surprise est une chose morte à peine conçue."

* "Je veux être votre ami, Yvan le farfadet."

Représentation
J'ai trouvé une représentation filmée de la pièce en ligne, avec Pierre Arditi, Fabrice Luchini et Pierre Vaneck. Si vous n'avez rien à faire je vous la conseille, qui sait, ça pourrait vous réconcilier avec le théâtre ?
 
http://milkymoon.cowblog.fr/images/Divers/art-copie-1.png

Publié dans : Romans XIX°

le 6/12/09

http://milkymoon.cowblog.fr/images/Livres/doriangray.jpgLe Portrait de Dorian Gray
(The Picture of Dorian Gray)
Oscar Wilde
1890

Quatrième de couverture :
"Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu'il en soit ainsi. [...] Je donnerais mon âme !"

Avis :
Avant le roman lui même, la courte préface nous fait découvrir le thème principal : qu'est-ce que l'oeuvre d'art ? Ensuite, premier chapitre. J'étais déjà captivée par l'innocence et la beauté de Dorian Gray, et le peintre Basil Hallward. Tout semblait être dans l'équilibre le plus parfait. Et là arrive l'ami du peintre, Lord Henry, qui pervertit complètement l'âme de Dorian avec ses discours immoraux. Je hais ce genre de personnes qui pensent avoir tout compris de la vie et étalent leur influence sur tout le monde. Je déteste ce type de personnes qui ne jurent que par la beauté et les plaisirs. Bien sûr j'en ai voulu tout le long de l'histoire à Lord Henry. La violence des sentiments de Dorian Gray, dissimulés sous son masque de beauté éternelle, rend le roman encore plus fort. Le fait de savoir qu'un tel visage puisse commettre le pire des crimes, voilà un paradoxe excellent. Lorsque Hallward peint sa plus belle oeuvre de Gray, celui-ci y met son âme pour garder sa jeunesse. J'ai surtout admiré la fin, ou il y a une confusion entre Dorian Gray et son portrait. En fait, c'était lui l'oeuvre d'art, et non le tableau.

Néanmoins mon enthousiasme pour ce livre est modéré. J'en avais entendu tellement de bien que j'ai placé mes attentes trop hautes. Je pense que ce livre aurait pu plus me plaire si je l'avais découvert complètement par hasard.

En résumé : J'ai adoré le sujet de ce livre sur l'oeuvre d'art, la beauté éternelle, ainsi que le personnage de Dorian Gray.
 

Extraits :
* "Il n'y a pas de livres moraux ou immoraux. Un livre est bien ou mal écrit. C'est tout."

* "L'éclosion de la fleur la plus humble a exigé un monde de travaux".

* "On éprouve une certaine volupté à s'accuser soi-même. En nous blâmant nous même nous pensons nous réserver le droit exclusif de le faire. C'est la confession, et non le prêtre, qui nous donne l'absolution."

* "Mon cher, vous oubliez que nous vivons au pays de l'hypocrisie."

* "Le désir féroce de vivre, le plus terrible de tous les appétits humains, animait toutes les fibres de son être surexcité."

* "Il n'y avait que la laideur de vrai."

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