"Il faut bien vivre, n'est-ce pas? Et de quoi vit-on? je vous le demande. De l'air du temps bien sûr - du moins en partie, dirai-je, et l'on en meurt aussi -, mais plus capitalement de cette substantifique moelle qu'est le fric." Zazie dans le métro - Queneau

Publié dans : Romans XX°

le 12/6/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/jardin.jpgL'île des Gauchers
Alexandre Jardin
1995

Quatrième de couverture
Dans un archipel du Pacifique Sud ignoré des géographes, l'île des gauchers abrite une population où les droitiers ne sont plus qu'exception. Mais là n'est pas le plus important. cette minuscule société, fondée par des utopistes français en 1885, s'est donnée pour but de répondre à une colossale question : comment fait-on pour aimer ? Sur cette australe, le couple a cessé d'être un enfer. C'est l'endroit du monde où l'on trouve, entre les hommes et les femmes, les rapports les plus tendres. Voilà ce que vient chercher,dans l'île des gauchers, lord Jérémy Cigogne. A trente huit ans, cet aristocrate anglais enrage de n'avoir jamais su convertir sa passion pour sa femme Emily en un amour véritable. A trop vouloir demeurer son amant, il n'a pas su devenir son époux. Dans cette réalité à l'envers où est à l'endroit, Cigogne et Emily se délivrent non sans mal de leurs habitudes et tentent l'aventure de se combler en suivant les coutumes et les rite étonnants du petit peuple des Gauchers.

Avis
Outre les scènes sexuelles qui m'avaient légèrement choquée à l'époque, j'avais trouvé l'idée d' "île pour gauchers" super. Mais qui sont les gauchers ? Non, pas seulement ceux qui écrivent de la main gauche. Ce sont par extension du terme tous les gens anticonformistes, qui veulent changer d'habitudes, vivre différemment, sans cesse remettre leur comportement en question, et réapprendre à  aimer. C'est le cas de Jérémy Cigogne, qui souhaite retrouver le bonheur qu'il partageait autrefois avec sa femme. Ils entreprennent alors un voyage pour l'île des gauchers, île qui apparaît au lecteur un peu comme "légendaire", voire utopique, inaccessible. Mais nos voyageurs arrivent bel et bien sur cette île pour le moins étrange. Premièrement, avoir un chez soi. "Bon, ça vous dit une maison construite autour d'un tronc d'arbre ? Ouais grave", donc voilà, ça m'a bien fait rire.
Jérémy et Emily vont ensuite s'initier aux rites des habitants, en passant par diverses petites îles. Au fur et à mesure, ils vont se redécouvrir, apprendre à s'aimer autrement, et à s'aimer eux-même. C'est une occasion pour le lecteur de s'interroger lui aussi, sur la vie qu'il mène, la banalité de son quotidien, et tout et tout. Ca faisait un peu thérapie de couple en y réfléchissant, mais le cadre est tel qu'on n'y fait pas attention. Les personnages évoluent dans un environnement exotique, tropical, ce qui explique pourquoi j'ai tant aimé ce livre.

En fin de compte, ce livre nous invite à changer de mode de vie. C'est pas un grand traité de philosophie, mais moi ça me convenait très bien. Que penser de cette société utopique ? Changer nos habitudes nous rendrait-il plus heureux ? On ne sort pas inchangé de cette lecture, à moins d'être droitier ! Pour ma part, quand j'ai refermé ce livre, j'ai voulu mettre en pratique les conseils prodigués par ce livre. Je me relis là, et l'pire c'est que c'est même pas un roman à l'eau de rose. Alexandre Jardin réussit quelque chose de rare : nous donner une belle leçon d'amour de manière tout à fait originale.

En résumé : J'ai aimé cette société utopiste et sa philosophie de vie. De quoi s'inspirer pour améliorer son quotidien, ou pour simplement mieux aimer.

Publié dans : Anticipation

le 21/5/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/idealcit-copie-2.jpgLa Cité idéale, attribué à Francesco di Gorgio Martini, cité utopique aux proportions idéales.


Il y a peu de temps, après avoir lu Le meilleur des mondes, je me suis prise d'une soudaine passion pour le roman d'anticipation. Je me suis souvenue d'un livre que j'avais lu il y a 3 ou 4 ans, dont l'histoire était à peu près semblable : Globalia de Jean-Christophe Rufin.

J'avais prévu de vous faire un petit topo ennuyeux sur le roman d'anticipation, j'ai donc fait quelques recherches à ce sujet et je me suis rendue compte que ce terme en sous-entendait plein d'autres. Quelle est la différence par exemple entre le roman d'anticipation et le roman de science-fiction ? Et avec la dystopie ? Oui là je sens que j'attise votre curiosité. Je vais donc essayer de vous expliquer tout ça au mieux d'après ce que j'en ai moi-même tiré.

Roman d'anticipation, utopie et dystopie
Un roman d'anticipation est une oeuvre dont l'action se déroule dans un futur proche ou hypothétique. L'utopie et la dystopie sont donc des sous-genres du roman d'anticipation. N'importe qui ayant quelques rudiments de latin ou de grec est capable de comprendre la différence entre utopie et dystopie. La dystopie, ou "contre-utopie", s'oppose à l'utopie : au lieu de présenter un monde parfait, la dystopie propose le pire qui soit. C'est un récit fictif présentant une société imaginaire, organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur, et contre l'avènement de laquelle l'auteur souhaite nous mettre en garde.

Roman d'anticipation et roman de science-fiction
La contre-utopie peut être considérée comme un sous-genre de la science-fiction. Cependant il existe une différence majeure entre ces deux genres. La science-fiction est axée autour de la science : elle imagine des découvertes scientifiques ou technologiques, s'interroge sur leurs conséquences, etc. En revanche, la dystopie tout comme l'utopie tournent autour des conséquences possibles des changements d'ordre politique. Dans une contre-utopie, l'évolution technologique n'est donc pas un élément majeur. Elle vise avant tout à présenter les conséquences néfastes d'une idéologie.

Et puisque des exemples valent toujours mieux que de grands discours, je vous ai concocté quelques pistes de lecture autour du roman d'anticipation :

De l'utopie du nouveau monde...
¤ La découverte d'un nouveau monde
Voyage au centre de la Terre, Jules Verne
De la Terre à la Lune, Jules Verne
¤ Des sociétés utopiques
"Chapitre XVIII L'Eldorado" Candide, Voltaire
L'île des gauchers, Alexandre Jardin
¤ Premières satires de cette utopie
Gargantua, François Rabelais
L'Autre monde ou les états empiriques de la Lune, Cyrano de Bergerac >>LE LIRE<<

... A sa remise en question

¤ Des sociétés sous contrôle
1984, George Orwell
Globalia, Jean-Christophe Rufin
¤ Des sociétés deshumanisées
Le meilleur des mondes, Aldous Huxley
Fahrenheit 451, Ray Bradbury
¤ La dépendance au progrès technique
Ravage, René Barjavel
Un bonheur insoutenable, Ira Levin

Quand l'utopie se mêle à l'autobiographie
W ou le souvenir d'enfance, Georges Perec

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