"Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux." On ne badine pas avec l'amour - Musset

Publié dans : Théâtre

le 18/9/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/chatenpocheaffiche.jpgChat en poche
Georges Feydeau
1888

Résumé
Monsieur Pacarel, bourgeois enrichi par le commerce du sucre et assoiffé de postérité, veut monter un opéra composé par sa propre fille qui a réécrit "Faust". Pour cela il fait venir un célèbre ténor de l'opéra de Bordeaux. Se présente alors un jeune Bordelais, fils de son ami Duffausset, venu faire ses études de droit à Paris, et qui va être pris pour le ténor en question. Bien sûr, il n'a jamais chanté, mais Pacarel lui fait signer un contrat. On imagine sans mal ce qui va suivre...

Avis
Une pièce pleine de jeux de mots, de quiproquos, et tout ce qui contribue au comique de scène. Feydeau est incontestablement maître dans "l'art" du vaudeville (cf Occupe toi d'Amélie). Je ne me suis pas ennuyée une seconde ; et même si l'histoire me paraît lointaine, je garde un souvenir précis de mon impression générale : un très bon moment au théâtre, des éclats de rire à répétition, le sourire aux lèvres à la sortie, et c'est pourquoi je vous la recommande - au théâtre bien sûr.

En résumé : Une pièce pétillante, un excellent souvenir.

Publié dans : Théâtre

le 21/7/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/hamlet.jpgLa Tragédie d'Hamlet, Prince du Danemark
William Shakespeare
entre 1599 et 1601

Challenge Livraddict 2010 : 3/7

Quatrième de couverture
"II y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark !" Le soir venu, le spectre du roi défunt hante les brumes du château d'Elseneur.
II crie vengeance. Honte à son frère Claudius, le lâche assassin ! Hamlet, son fils, a promis... Ce crime ne restera pas impuni. Mais au bord du gouffre, le voilà qui vacille : "Être ou ne pas être ?" Jeu de miroirs, faux-semblants... Théâtre dans le théâtre... Folie simulée ou véritable démence ? Le meurtre est pourtant bien réel. Et la mort d'Ophélie annonce d'autres désastres. Au coeur de la tragédie jaillissent alors les voix mystérieuses du pouvoir et de la guerre, de l'amour et de la mort.
La poésie de Shakespeare fuse à chaque instant en vocalises sublimes, composant ici le mythe universel d'une humanité confrontée à ses propres démons...

Avis
Dur dur de commenter un si grand classique, mais je vais essayer de rendre au mieux mes impressions. J'étais partie au début pour lire cette pièce en anglais, pas du tout par prétention, plutôt pour juger par moi-même de l'écriture de Shakespeare. J'avais déjà lu quelques pièces de lui, mais les traductions ne peuvent pas égaler un texte en version originale, surtout quand il s'agit de théâtre. Bref, j'ai donc lu tout le premier acte en VO, et je vous dis : heureusement que j'ai relu après en français, sinon je serais passée à coté de certains détails très importants x). En plus c'est du vieil anglais, je m'y connais pas trop. Mais bon, contente d'avoir pu voir un tout petit peu à quoi ça ressemblait du "vrai" Shakespeare.

Avant que je lise cette pièce, on m'avait raconté que tous les personnages principaux mourraient, j'avais donc hâte de savoir pourquoi et comment. Au final, Hamlet n'est l'auteur "que" de deux meurtres, dont un provoqué accidentellement. Je suis peut-être grave, mais dans la dernière scène, quand ils meurent quasiment tous à la suite, ça m'a fait marrer. On trouve aussi des batailles pour conquérir des royaumes, tout le toutim habituel j'ai envie de dire. D'ailleurs une petite remarque qui n'a pas beaucoup d'importance, mais ici aussi ils se battent pour le royaume de Pologne. Je sais pas si c'est la mode ou quoi dans les pièces de théâtre puisque c'est également le cas dans La Vie est un Songe et dans Ubu Roi, et sûrement d'autres... Bref, la pièce est bel et bien une tragédie, au sens qu'on trouve habituellement dans les pièces de théâtre. Mais c'est aussi une tragédie intérieure au personnage d'Hamlet. Il connaît le doute, l'illusion, se rend compte de la vanité de l'existence, cherche à s'en libérer, c'est ce qui rend le texte si fort j'ai trouvé.

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La Mort d'Ophélie, John Everett Millais

L'illusion, la vanité ; des thèmes bien propres au baroque. On retrouve également du théâtre dans le théâtre - soit une mise en abîme - lorsque des comédiens font leur apparition. Au cours de cette lecture, la pièce m'a beaucoup fait penser à La Vie est un Songe, de Calderón, parce que Hamlet ne sait plus ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, ce qui est réel et ce qui est rêve (le fameux "To be or not to be"). En même temps on comprend son doute, puisqu'il voit ressurgir le fantôme de son père défunt... J'ai donc trouvé que cette tragédie avait un côté baroque, et ça m'a beaucoup plu. La plupart des tirades d'Hamlet donnent un caractère pathétique - mais non moins superbe - aux scènes : il hésite, ne sait plus que croire, feint la folie, cherche à venger la mort de son père. Un des moments les plus forts de la pièce - et mon préféré - est lorsqu' Hamlet s'adresse à un crâne déterré dans le cimetière, se rendant compte que chaque être est quoi qu'il arrive destiné à mourir : "All that lives must die, passing through nature to eternity". C'est une pièce que j'aurais aimé étudier en cours, car je pense être passée à côté de certaines choses importantes.

En résumé : Pièce que j'ai trouvé extrêmement intéressante et que j'aimerais avoir l'occasion d'approfondir.


Extraits
* "I'll cross it, though it blast me. Stay, illusion! If thou hast any sound, or use of voice, speak to me."

* "A little more than kin, and less than kind. "

* "All that lives must die, passing through nature to eternity."

* "On a fait croire que, tandis que je dormais dans mon jardin, un serpent m'avait piqué. Ainsi, toutes les oreilles du Danemark ont été grossièrement abusées par un récit forgé de ma mort. Mais, sache-le, toi, noble jeune homme! le serpent qui a mordu ton père mortellement porte aujourd'hui sa couronne."

* "Il n’y a de bien et de mal que selon l’opinion qu’on a."

* "Ils sont le résumé, la chronique abrégée des temps." (à propos des comédiens)

* "Mettez l’action d’accord avec la parole, la parole d’accord avec l’action, en vous appliquant spécialement à ne jamais violer la nature; car toute exagération s’écarte du but du théâtre qui, dès l’origine comme aujourd’hui, a eu et a encore pour objet d’être le miroir de la nature, de montrer à la vertu ses propres traits, à l’infamie sa propre image, et au temps même sa forme et ses traits dans la personnification du passé."

* "Pardonne-moi ces paroles, ô ma vertu ! car, au milieu d’un monde devenu poussif à force d’engraisser, il faut que la vertu même demande pardon au vice, il faut qu’elle implore à genoux la grâce de lui faire du bien."

* "I must be cruel, only to be kind" : "Il faut que je sois cruel, rien que pour être humain".

* "Me prenez-vous pour une éponge, monseigneur ?"

Publié dans : Théâtre

le 27/6/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/feydeau.jpgOccupe-toi d'Amélie
Georges Feydeau
1908

Résumé
Pour hériter de l'immense fortune de son père, Marcel Courbois doit renoncer au célibat. Il organise un faux mariage avec la belle Amélie, que son ami Etienne lui a prêté pour qu'elle joue la fiancée. Sauf qu'Etienne s'arrange pour que le mariage ait vraiment lieu, et là les ennuis commencent...

Avis
J'ai décidé de parler des pièces que je suis allée voir y'a 2-3 ans pour ne pas les oublier. Mais en fait je me rends compte que j'ai presque tout oublié de leur histoire ; je vais donc surtout vous donner mon impression globale. Occupe-toi d'Amélie est un vaudeville très sympa. Feydeau fait rire (quoi que je ne l'ai jamais trouvé meilleur que dans Chat en poche, dont je vous parlerai bientôt), le public n'a pas le temps de s'ennuyer, aucun temps mort, la pièce est très rythmée. Entre humour, quiproquos, situations invraisemblables, j'ai vraiment passé un agréable moment. Je le dis et le répète, le théâtre est fait pour être vu, pas pour être lu, alors sortez au théâtre ! Enfin quoi que, je ne parle pas de Musset et son concept de "théâtre dans un fauteuil", ce sera pour une prochaine fois.
Revenons-en à la pièce. La situation initiale me rappelle beaucoup Il ne faut jurer de rien : Marcel et Valentin sont dans la même situation : ils doivent se marier pour bénéficier de la fortune de leur famille. Sauf que dans Il ne faut jurer de rien, c'était dégoulinant de mièvreries à la fin, absolument pas crédible, tandis qu'ici dans Occupe-toi d'Amélie, c'est exactement tout le contraire qui est représenté. Ce côté plus réaliste m'a plu, on ne cherche pas à montrer une histoire d'amour pleine de bons sentiments.

En résumé : Un vaudeville comme on les aime.

Publié dans : Théâtre

le 25/6/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/musset3.jpgIl ne faut jurer de rien
Alfred de Musset
1836

Résumé
Valentin, âgé de 25 ans, se retrouve face à un dilemme : son oncle refuse de lui prêter à nouveau de l’argent, à moins qu’il ne se marie. Mais le mariage est la dernière chose que Valentin souhaite, car selon lui, se marier, c’est prendre le risque d’être trompé. Il décide donc de démontrer cette vérité à son oncle en se rendant "incognito" chez sa promise, Cécile, avec le pari de la séduire en seulement huit jours. (source : Wikipedia)

Avis
Le titre rappelle On ne badine pas avec l'amour, vous ne trouvez pas ? Ici aussi, c'est une maxime, un proverbe, en rapport avec l'amouuur. Alors cette pièce se lit très vite, elle est sympa, mais voilà sans plus, ça ne vaut pas On ne badine pas avec l'amour justement. J'ai trouvé  que c'était un peu trop prévisible. Au début, Valentin est sûr et certain qu'il ne tombera jamais amoureux, qu'il ne se mariera pas. Et comme "il ne faut jurer de rien", eh bien vous l'aurez deviné, il va tomber sous le charme de sa promise. Il avait décidé de lui tendre des pièges, pour prouver à son oncle qu'elle était mauvaise comme toutes les autres femmes. Mais Cécile n'est pas comme toutes ces femmes, elle surprend Valentin par son caractère, sa manière d'être. Quand il veut la séduire, elle ne fait même pas attention à lui, ce qui le frustre. Il la hait, puis après il tombe amoureux d'elle, le soir il lui balance des mots d'amour sur un banc, comme "je suis fou de toaaa". Moi ça me l'a pas fait, j'avais juste l'impression que c'était un hypocrite. Ceci dit, c'est toujours un régal de lire la plume de Musset.

En résumé : Histoire trop prévisible, et en plus je n'ai pas aimé le personnage principal Valentin.


Extraits
* "Ah ! que le coeur est un grand maître ! On n'invente rien de ce qu'il trouve, et c'est lui seul qui choisit tout."

* tout l'Acte 3 Scène I

* "-N'as-tu donc plus ni foi ni vergogne, et se peut-il que tu sois mon sang ? Quoi ! ni le respect pour l'innocence, ni le sentiment du convenable, ni la certitude de me donner la fièvre, rien n'est capable de te toucher ! (Van Buck)
- N'avez-vous donc ni orgueil ni honte, et se peut-il que vous soyez mon oncle ? Quoi ! ni l'insulte que l'on nous fait, ni la manière dont on nous chasse ni les injures qu'on vous a dites à votre barbe, rien n'est capable de vous donner du coeur !" (Valentin)

Publié dans : Théâtre

le 9/6/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/gladiator.jpgLes Trente Millions de Gladiator
Eugène Labiche
1875

Résumé
Mr Gladiator et ses 30 millions arrivent  à Paris, au grand bonheur de tous les bourgeois de la ville qui veulent s'approprier sa fortune.
Humour déjanté, humour féroce, humour noir sur la vanité humaine, la course à l'argent et à la position sociale, l'appétit sexuel font de cette galerie de personnages des pantins désarticulés, de véritables clowns, des grands burlesques dignes des premiers films du cinéma muet. Mais, et ce n'est pas le moindre des paradoxes d'un bon vaudeville, ces personnages sont observés et croqués avec un souci constant de vérité, Labiche étant le chroniqueur impitoyable mais attendri d'une société bourgeoise qui va bien au-delà du Second Empire et des débuts de la Troisième République.

Avis
Non, ce n'est pas une pièce avec 30 millions de gladiateurs, comme je l'avais compris au début, mais bien un dénommé M. Gladiator. J'ai trouvé ce vaudeville génial. Histoire, répliques, personnages, chansons, tout y était pour passer un excellent moment. J'ai été surprise par la modernité de la pièce, par tant de fraicheur dans le texte. A plus d'un siècle d'écart, je n'ai même pas senti la différence d'époque. En plus de l'humour, Labiche peint ses personnages de manière si juste qu'on ne peut pas s'empêcher d'y voir des ressemblances avec notre époque. C'est exactement le genre de pièce à voir au théâtre, parce qu'on découvre un texte pas spécialement connu et qui a peu d'intérêt à être simplement lu. Et puis il offre tellement de possibilités de mise en scène. Le coup des chansons, on se serait cru dans une comédie musicale, mais là c'était décalé, c'était drôle. J'ai complètement adhéré, un régal.

En résumé : Le genre de vaudeville à aller voir au théâtre, une bouffée d'air frais.

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