"Je crois, d'honneur, que bientôt le rôle qui siéra le mieux à l'esprit sera le silence, et que la parole ne sera plus qu'aux perroquets." Le Marchand de Venise - Shakespeare

Publié dans : Anticipation

le 21/5/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/idealcit-copie-2.jpgLa Cité idéale, attribué à Francesco di Gorgio Martini, cité utopique aux proportions idéales.


Il y a peu de temps, après avoir lu Le meilleur des mondes, je me suis prise d'une soudaine passion pour le roman d'anticipation. Je me suis souvenue d'un livre que j'avais lu il y a 3 ou 4 ans, dont l'histoire était à peu près semblable : Globalia de Jean-Christophe Rufin.

J'avais prévu de vous faire un petit topo ennuyeux sur le roman d'anticipation, j'ai donc fait quelques recherches à ce sujet et je me suis rendue compte que ce terme en sous-entendait plein d'autres. Quelle est la différence par exemple entre le roman d'anticipation et le roman de science-fiction ? Et avec la dystopie ? Oui là je sens que j'attise votre curiosité. Je vais donc essayer de vous expliquer tout ça au mieux d'après ce que j'en ai moi-même tiré.

Roman d'anticipation, utopie et dystopie
Un roman d'anticipation est une oeuvre dont l'action se déroule dans un futur proche ou hypothétique. L'utopie et la dystopie sont donc des sous-genres du roman d'anticipation. N'importe qui ayant quelques rudiments de latin ou de grec est capable de comprendre la différence entre utopie et dystopie. La dystopie, ou "contre-utopie", s'oppose à l'utopie : au lieu de présenter un monde parfait, la dystopie propose le pire qui soit. C'est un récit fictif présentant une société imaginaire, organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur, et contre l'avènement de laquelle l'auteur souhaite nous mettre en garde.

Roman d'anticipation et roman de science-fiction
La contre-utopie peut être considérée comme un sous-genre de la science-fiction. Cependant il existe une différence majeure entre ces deux genres. La science-fiction est axée autour de la science : elle imagine des découvertes scientifiques ou technologiques, s'interroge sur leurs conséquences, etc. En revanche, la dystopie tout comme l'utopie tournent autour des conséquences possibles des changements d'ordre politique. Dans une contre-utopie, l'évolution technologique n'est donc pas un élément majeur. Elle vise avant tout à présenter les conséquences néfastes d'une idéologie.

Et puisque des exemples valent toujours mieux que de grands discours, je vous ai concocté quelques pistes de lecture autour du roman d'anticipation :

De l'utopie du nouveau monde...
¤ La découverte d'un nouveau monde
Voyage au centre de la Terre, Jules Verne
De la Terre à la Lune, Jules Verne
¤ Des sociétés utopiques
"Chapitre XVIII L'Eldorado" Candide, Voltaire
L'île des gauchers, Alexandre Jardin
¤ Premières satires de cette utopie
Gargantua, François Rabelais
L'Autre monde ou les états empiriques de la Lune, Cyrano de Bergerac >>LE LIRE<<

... A sa remise en question

¤ Des sociétés sous contrôle
1984, George Orwell
Globalia, Jean-Christophe Rufin
¤ Des sociétés deshumanisées
Le meilleur des mondes, Aldous Huxley
Fahrenheit 451, Ray Bradbury
¤ La dépendance au progrès technique
Ravage, René Barjavel
Un bonheur insoutenable, Ira Levin

Quand l'utopie se mêle à l'autobiographie
W ou le souvenir d'enfance, Georges Perec

Publié dans : Romans XXI°

le 13/5/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/Livres/cosmetiquedelennemiamelienothomb080918105527.jpgCosmétique de l'ennemi
Amélie Nothomb
2001

Quatrième de couverture
"Sans le vouloir, j'avais commis le crime parfait : personne ne m'avait vu venir, à part la victime. La preuve, c'est que je suis toujours en liberté." C'est dans le hall d'un aéroport que tout a commencé. Il savait que ce serait lui. La victime parfaite. Le coupable désigné d'avance. Il lui a suffi de parler. Et d'attendre que le piège se referme. C'est dans le hall d'un aéroport que tout s'est terminé. De toute façon, le hasard n'existe pas.

Avis

Wa-ouh. Je sais pas comment fait cette femme pour réussir à chaque fois à m'impressionner. Tout le livre est un dialogue qui monte en puissance au fur et à mesure. Au début de la lecture, je ne voyais pas bien à quoi aller mener la rencontre de ces deux personnages, puis mon intérêt a grandi face aux révélations de l'un. Au final, on a sous les yeux un dialogue de schizophrène captivant. Et avec une fin comme je les aime, ce livre s'inscrit définitivement comme l'un de mes préférés de l'auteur.
Je vais faire mes habituels parallèles avec les autres romans d'Amélie Nothomb. J'ai trouvé pas mal de ressemblances avec Hygiène de l'Assassin cette fois-ci, à commencer par le titre : hygiène/cosmétique , assassin/ennemi, vous voyez quoi. Ensuite la ressemblance dans les noms : Pretextat Tach/Texor Texel, puis enfin la forme des deux livres : un dialogue plein de répliques cyniques et vives qui font mon bonheur. Le livre m'a aussi rappelé Freud, et les désirs refoulés dans l'inconscient. Je ne peux que vous conseiller de vous jeter dessus et de le dévorer.

En résumé : Excellent. Impressionnée et ravie.

Extraits
* "Les choses qui plaisent à l'oreille sont celles qui plaisent à l'esprit." - Gustave Guillaume

* "Que peut-on faire contre les gens de votre espèce ? S'enfermer aux toilettes ?"

* "J'aime ces accès de lucidité."

* "Sans maladie, pas de guérison."

* "-La personne humaine ne présente qu'un seul point faible : l'oreille.
-C'est faux. Il y a les boules Quies.
-Oui, les boules Quies : la plus belle invention de l'homme."

* "Je vivais en autarcie autour de mon nombril."

* "Passons sur ces considérations d'une profondeur vertigineuse."

* "Je suis quelqu'un d'extrêmement formaliste. J'agis en fonction d'une cosmétique rigoureuse et janséniste."

* "La cosmétique, ignare, est la science de l'ordre universel, la morale suprême qui détermine le monde."

* "Depuis que je t'ai refilé la patate chaude de la culpabilité, tu me crois sans aucune peine."

* "-Risquer sa vie, en l'occurrence.
-C'est un pléonasme. Le risque, c'est la vie même. On ne peut risque que sa vie. Si on ne la risque pas, on ne vit pas."


Publié dans : Théâtre

le 20/4/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/Livres/musset-copie-1.jpg On ne badine pas avec l'amour
Alfred de Musset
1834

Résumé

On siffle sa première pièce ? Musset s'en moque, il publiera les autres pour son plaisir, insouciant d'aucune règle, sauf celle de ses caprices et de sa fantaisie douloureuse et si légère. Ce sera son "spectacle dans un fauteuil". c'est pourquoi on ne cessera jamais de jouer ses comédies et proverbes. Dans quel rêve, quel château, quel parc mélancolique sommes-nous ? Le jeune seigneur Perdican devrait y épouser sa cousine Camille, mais en un instant il décide d'aimer une jeune bergère. Soudain dédaignée, Camille, qui ne croyait pas à l'amour, connaît le dépit, la jalousie, l'égoïsme de la passion. Autour d'eux, s'agitent des personnages fantoches d'une cocasserie irrésistible. Dans ce théâtre féérique, on se croise, on se déchire, on s'ennuie, on croit que tout est vain, on triche, on se désire, on souffre jusqu'à en mourir. Comme dans la vie.

Avis
J'ai beaucoup aimé cette pièce qui change de l'ordinaire. La scène d'exposition est énorme : un choeur (façon théâtre grec) présente l'arrivée de Perdican puis en parallèle présente de la même façon celle de Camille. Ca donne un résultat proche de la farce, les personnages sont grotesques et caricaturaux. En gros, on ne s'attend pas du tout à ce que la pièce tourne autour d'une histoire d'amour.

Mais parler d'une histoire d'amour serait une erreur. Camille et Perdican ne s'aiment pas, non. Ils jouent avec ce sentiment sans vraiment le ressentir. C'est ça qui est cool dans la pièce. J'ai adoré tous leurs dialogues : ils se blessent l'un l'autre, en tromperies, mensonges, mises en scène, lettres et cadeaux, jalousie... Le titre est d'ailleurs assez évocateur à ce sujet.

A la fin, ça n'est plus très clair, on ne comprend pas bien leurs réels sentiments. Finalement ils s'aiment, puis ils ne s'aiment plus, puis l'un re-aime l'autre, etc. Et au final, je suis un peux restée perplexe par rapport à la dernière phrase de la pièce.

En résumé : Une de mes pièces préférées ; avec des personnages, une scène d'exposition et des dialogues excellents.


Extrait
Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : "J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. " (Acte II, Scène V)

Publié dans : Romans XXI°

le 23/2/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/Livres/teule.jpgLe magasin des suicides
Jean Teulé
2007

Challenge ABC : 17/26

Quatrième de couverture
Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort !
Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre...

Avis
L'autre jour, quand je suis allée acheter Le Magasin des Suicides et L'arrache-coeur, ma mère m'a demandé si j'allais bien. Mais vous l'aurez compris, ce titre est trompeur, et l'auteur lui-même joue avec ses clichés de famille lugubre et dépressive qui vend du cyanure et des lames de rasoir. A mon sens, le pessimisme qui pèse sur la famille n'est que le reflet du pessimisme que nous adoptons quotidiennement ("marre des cours, putain il pleut, avance trouducu"...). Un humour noir que j'ai donc beaucoup apprécié, malgré une écriture qui parfois m'a parue trop "enfantine".
Le magasin des suicides se situe dans une époque futuriste où les informations à la télé sont en 3D, où la couche d'ozone a quasiment disparue, l'avancée du désert menace les villes, et des pluies toxiques s'abattent fréquemment. Etant donné l'état actuel du monde, c'est ce qui s'appellerait l'ironie du sort.
Pour terminer, la fin est vraiment surprenante, mais je vais m'arrêter là pour vous laisser en suspens hé ouais.

En résumé : Une histoire amusante façon famille Adams, qui pointe avec humour le pessimisme de notre époque.


Extraits
* "Combien de fois faudra-t-il te le répéter ? On ne dit pas "au revoir" aux clients qui sortent de chez nous. On leur dit "adieu" puisqu'ils ne reviendront jamais."

* "- Est-ce qu'on peut payer...
- A crédit ? demande le commerçant. Chez nous ? Vous plaisantez, pourquoi pas une carte de fidélité !"

Publié dans : Romans XX°

le 12/2/10

http://milkymoon.cowblog.fr/images/Livres/Lamiretrouve.jpg L'ami retrouvé
Fred Uhlman
1971

Challenge ABC : 15/26

Quatrième de couverture
Âgé de seize ans, Hans Schwarz , fils unique d'un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart. Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l'arrivée dans sa classe d'un garçon d'une famille protestante d'illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l'amitié, tel que le lui fait concevoir l'exaltation romantique qui est souvent le propre de l'adolescence. C'est en 1932 qu'a lieu cette rencontre, qui sera de courte durée, les troubles déclenchés par la venue de Hitler ayant fini par gagner la paisible ville de Stuttgart. Les parents de Hans, qui soupçonnent les vexations que subit le jeune homme au lycée, décident de l'envoyer en Amérique, où il fera sa carrière et s'efforcera de rayer de sa vie et d'oublier l'enfer de son passé. Ce passé qui se rappellera un jour à lui de façon tragique.

Avis
Une courte histoire, agréable à lire. On peut facilement se retrouver dans le personnage de Hans et sa définition de l'amitié. L'expression de ses sentiments, "l'exaltation romantique" comme dit le résumé, m'a fait sourire car il m'a vraiment rappelé moi à une époque. Leur amitié se développe dans une bulle, ils vivent leur relation coupés de tout. Après je n'ai pas grand chose de plus à ajouter sur ce livre. Je n'ai pas vraiment été embarquée par l'histoire, du fait qu'elle soit très courte sans doute. La fin est surprenante, inattendue. Comme quasiment tout le monde, j'ai lu ce livre dans le cadre du challenge ABC parce que je n'avais pas d'idée d'auteur en U. Bilan : je chercherai mieux l'année prochaine.
 
En résumé : Mouais.


Extrait
"Réclamer la Palestine après deux mille ans n'avait pas pour lui plus de sens que si les Italiens revendiquaient l'Allemagne parce qu'elle avait été jadis occupée par les Romains."

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